Ce module dévolu aux systèmes d'air comprimé propose une démarche permettant une analyse approfondie des équipements existants (au travers de mesurages) et des propositions d'optimisation appropriées. Les analyses et optimisations portent sur le système et les composants signalés en rouge sur le schéma générique d'un système d'air comprimé ci-dessous. La démarche démarre par une série de questions.
L'objectif de ces questions et de vos réponses est:
Afin de quantifier les économies d'énergie, il s'agit en premier lieu de connaître la consommation actuelle. Plusieurs méthodes, de précision croissante, sont possibles:
La plupart des compresseurs à vitesse variable permettent d'extraire, via l'affichage, les pourcentages du temps de fonctionnement correspondant aux différents taux de charge. Grâce à ces pourcentages, aux nombres d'heures de fonctionnement et aux puissances absorbées correspondantes (ces puissances à différents taux de charge sont à demander au constructeur ou à déterminer selon les fiches techniques CAGI américaines), la consommation annuelle totale peut-être déterminée.
Attention: même si les estimations sont plus précises que dans le GA (analyse préliminaire), ce sont encore des valeurs estimées, basées sur des valeurs indicatives valables dans les conditions standards.
La plupart des compresseurs d'air ont des compteurs d'heures de fonctionnement et d'heures en charge. La différence est le temps de marche à vide. Si les heures de fonctionnement ne sont pas relevées régulièrement, un nombre d'heures et une date peuvent parfois être trouvés dans le carnet d'entretien ou l'autocollant d'entretien. Si ces informations ne sont pas disponibles, il est possible d'estimer les heures de fonctionnement annuelles grâce à l'année d'installation ou de construction du compresseur. La consommation peut être estimée en multipliant les heures de fonctionnement en charge par la puissance absorbé en charge plus les heures de fonctionnement en marche à vide fois la puissance absorbée dans ce mode. Les puissances absorbées sont parfois disponibles sur les fiches techniques. Sinon, on approximera la puissance absorbée en charge à 100% de la puissance nominale et en marche à vide à 25%.
Si aucune de ces informations n'est disponible, la consommation annuelle peut être très grossièrement estimée en multipliant la puissance nominale par 2000 heures de fonctionnement.
La consommation électrique du système est mesurée grâce à un wattmètre pendant une période significative (exemple : 1 semaine). Une estimation annuelle est alors obtenue par extrapolation. Cette mesure est à combiner avec les analyses décrites plus bas. La procédure d'aide aux mesurages électriques peut être consultée pour cette variante. Attention, dans le cadre de mesurages avec un ampèremetre (mesure du courant seul sans la tension) le cos phi doit être pris en compte (surtout pour les compresseurs à vitesse fixe). Des ordres de grandeurs typiques sont 0.86 en puissance nominale et 0.44 en marche à vide.
Dans certains cas, un compteur électrique permet de connaître la consommation annuelle réelle.
On notera aussi que certains fournisseurs proposent d'équiper la centrale avec un système qui permet de caractériser le système actuel (dont le consommation) et de déterminer le gain qu'apporterait, avec un profil de besoin d'air identique, une solution optimisée.
Les fuites d'air dans le réseau d'air comprimé représentent un gaspillage direct (énergétique et financier). Le taux de fuites peut être déterminé d'après: [ref. OFEN]. Un réseau en bon état à un taux de fuite d'environ 10%. Une fois le taux de fuite déterminé, la différence entre le taux calculé et ce 10% donne le potentiel d'économie (première approximation). Avec la consommation actuelle déterminée précédement, une économie en kWh peut être estimée.
Les grosses fuites peuvent être détectées à l'oreille dans des locaux avec peu de bruit. Pour détecter les fuites plus modestes ou dans des locaux bruyants, un détecteur de fuite à ultrasons est nécessaire. Ces appareils sont efficaces et permettent une detection systématique. Ces équipements peuvent être loués.
Une fois les fuites repérées, elle doivent être colmatées.
Souvent, les fuites dans les machines se trouvent au niveau des raccords, vannes et applications de l'air comprimé.
Le réduction de la pression permet des économies d'énergie significatives sans coûts. Si l'on considère que la compression se rapproche de la compression isotherme, le gain théorique peut être calculé avec la formule suivante:
gain théorique = (𝐥𝐧( 𝒑_𝒓𝒆𝒇,𝒊 −𝐥𝐧( 𝒑_𝒓𝒆𝒇,𝒏 )/(𝐥𝐧( 𝒑_𝒓𝒆𝒇,𝒊 )−𝐥𝐧( 𝒑_𝒂𝒔𝒑 ))
avec : pref,i= pression de refoulement absolue initiale, pref,n= nouvelle pression de refoulement absolue, pasp = pression absolue de l'aspiration
Une réduction de pression de 1 bar permet une réduction de la consommation électrique d'environ 7 %. Le gain réel est supérieur grâce à la réduction des fuites liée à la baisse du niveau de pression et les coûts de maintenance sont abaissés grâce à des heures de fonctionnement réduites. En général, une pression au-dessus de 7 bar est considérée comme élevée. Dans la pratique, le niveau de pression peut être réduit par petits paliers successifs afin de s'assurer de l'absence de problèmes au niveau des utilisateurs. Attention, pour certains équipements, une pression d'air comprimé du réseau trop basse présente un risque de dommage ou d'arrêt de production. Vérifier les manomètres à l'entrée des machines et les modes de fonctionnement.
Si un petit nombre d'utilisateurs ont besoin d'un faible volume d'air comprimé mais à une pression élevée, ils peuvent être alimentés via un rehausseur de pression. Le reste du réseau est réglé à une pression plus basse. En pratique, beaucoup de machines ont un besoin de pression limité à 4 bar, quelques-unes à 6 bar.
S'il existe des consommateurs d'air comprimé à débit élevé mais pression basse, il vaut souvent la peine d'installer un second réseau d'air comprimé avec une basse pression et les compresseurs correspondants.
Diminuer les pertes de charge du réseau permet de réduire la consigne de pression et d'obtenir ainsi des économies d'énergie (voir 2.2) Quelques règles de bonnes pratiques:
Les économies sont à calculer grâce au point 2.2.
Suivant le profil d'utilisation de l'air comprimé dans les différents équipements/utilisateurs, une partie du réseau peut-être déconnectée durant les heures de non-utilisation. Les gains se calculent avec le taux de fuite et la proportion du réseau coupé (voir AP+). Il faut toujours au préalable vérifier s'il n'est pas possible d'arrêter complètement le compresseur.
Dans le cas où tout le réseau est maintenu en pression hors des heures de travail pour alimenter un utilisateur unique, il peut être avantageux de sortir cet appareil du réseau et de l'alimenter avec un compresseur dédié.
En règle générale, les consommateurs d'air comprimé avec un grand volume annuel, une pression relativement élevée (> 6 bar) ou des besoins hors des heures d'exploitation doivent être étudiés avec plus d'attention.
Au niveau des utilisateurs finaux, le besoin peut souvent être réduit par des mesures simples:
Une fois la distribution et l'utilisation de l'air comprimé bien spécifiées et optimisées, il s'agit de vérifier si les compresseurs sont correctement dimensionnés en puissance et en pression.
Pression:
Un compresseur avec une pression de consigne effective bien plus basse que la pression nominale aura une efficacité réduite. Il est difficile de calculer le gain obtenu par un compresseur correctement dimensionné en pression. Cette information est à demander au fournisseur. Attention, lors d'un redimensionnement, les puissances maximales futures doivent être prises en compte (à discuter avec le personnel sur place).
Please note that when resizing, future maximum power requirements must be taken into account (to be discussed with on-site staff).
Débit classé: Si le compresseur est surdimensionné en débit, l'efficacité sera prétéritée tant pour des compresseurs fonctionnant en charge/à vide, que pour des compresseurs à vitesse variable. Les gains théoriques peuvent être calculés grâce aux données techniques de la puissance du compresseur en fonction du taux de charge. En dessous de 40–50% de taux de charge, l'efficacité d'un compresseur à vitesse variable se détériore significativement (voir figure 1).
Figure 1: Comparaison des puissances spécifiques de compresseurs à vitesse variable (la médiane en noir) et en marche/arrêt (la médiane en bleu) en fonction du taux de charge. Sources de données : fiche CAGIS de 2017 des compresseurs Atlas Copco et Kaeser avec une pression nominale entre 7.6 bar et 8.1 bar et entre 8.3 bar et 8.9 bar, soit 22 compresseurs à vitesse variable et 29 en marche/arrêt (en traits fins, toutes les courbes individuelles). En rouge les différences entre les deux médianes, donc les potentiels d'économie.
Il existe plusieurs moyens d'augmenter la performance des compresseurs. Pour avoir une estimation plus précise des gains, la détermination de la performance actuelle du système est un premier pas.
Un bon système d'air comprimé à vis à 7 bar nécessite environ 0.1 kWh d'énergie électrique par m³ d'air comprimé (rendement isothermique de 60 %).
Les points suivants décrivent les différentes possibilités d'optimisation.
Note: Oil-free compressors are less efficient than oil-lubr/icated compressors, which can be equipped with a filter.
Ces deux grandeurs permettent de calculer la puissance spécifique du ou des compresseurs, qui pourra être comparée aux valeurs de la fiche technique (dégradation) et aux valeurs des BAT (best available technique).
Attention: lors de la comparaison, il faut prendre en compte le fait que les valeurs des fiches techniques sont mesurée dans des conditions standard. Ces valeurs doivent être corrigées en fonction de la température d'aspiration et de la pression. La puissance spécifique peut-être calculée au niveau du compresseur ou au niveau de toute la production incluant le séchage et les purges.
Le remplacement d'un compresseur marche/à vide par un nouveau compresseur à vitesse variable permet 3 gains principaux:
Figure 2: Puissance absorbée dans les différentes phases de fonctionnement d'un compresseur sans variateur. En vert, la surconsommation associée à la pression variable et en rouge la consommation des marches à vide avant arrêt.
Dans le cas idéal, les débits ont été mesurés sur une année avec une résolution fine (quelques minutes) ce qui permet d'avoir un profil réel. Malheureusement, ces données ne sont généralement pas disponibles. Dans ce cas, une campagne de mesurage du débit durant une période représentative peut être organisée. Les résultats peuvent alors être extrapolés sur une année. Dans le cas où une mesure (souvent intrusive) du débit n'est pas possible ou trop compliquée, le profil du débit peut-être estimé en ne mesurant que la puissance électrique du compresseur en fonction du temps (sur une période significative avec un pas de temps d'une minute environ). Le débit peut alors être estimé grâce à la puissance spécifique fournie par la fiche technique (à adapter aux conditions du système en prenant en compte la température de l'air aspiré et les pressions de consigne). Le débit devra ensuite être lissé (effet du stock d'air comprimé). Dans ce dernier cas, les estimations n'intègrent pas la différence entre la puissance spécifique issue de la fiche technique et la valeur réelle. Une semaine de mesure est souvent suffisant.
Attention: si des optimisations du réseau ou des consommateurs sont prévues simultanément, le profil doit être adapté (idéalement ces optimisations sont implémentées).
Figure 3: Profil de débit classé
2) Grâce au profil des débits annuel mesuré ou estimé, la consommation électrique du nouveau compresseur peut-être estimée des valeurs de puissances spécifiques (adaptées aux conditions de fonctionnement) en fonction du taux de charge (généralement à demander au fournisseur, les fiches américaines CAGIS donnent aussi déjà une bonne estimation). La consommation ainsi calculée peut ensuite être comparée à la consommation actuelle (par exemple mesurée au wattmètre).Un compresseur surdimensionné n'est pas efficace (voir section 4.1). Suivant les conditions, le remplacement par un compresseur adapté peut-être rentable.
Les gains sont estimés comme à la section 4.2.2. Lors d'un remplacement, il vaut généralement la peine d'installer un compresseur à vitesse variable (si l'ancien n'était pas déjà sur variateur).
Dans les situations dans lesquelles le système comprend plusieurs compresseurs pouvant fonctionner simultanément, l'optimisation de la cascade est parfois possible avec des économies significatives et à peu de coûts. En règle générale, le fournisseur du compresseur s'occupe de cette régulation. Les modes de fonctionnement efficaces suivants sont à vérifier/atteindre:
Remarques: Des systèmes de gestion modernes optimisent automatiquement les séquences d'enclenchement selon le type et l'efficacité des compresseurs.
L'augmentation moyenne de la consommation spécifique d'un compresseur en fonction de la température est de 0.34 %/°C. Optimisations:
Un ventilateur peut être utile (notamment si l'arrivé d'air frais passe par une longue conduite). La propreté de l'air aspiré ne doit pas être négligée.
L'air sortant du compresseur est généralement saturé en eau. Cet air doit être séché afin d'éviter toute condensation dans le réseau. La qualité de l'air en termes d'humidité est exprimée par le point de rosée. Il existe plusieurs types de sécheurs :
Une estimation de la consommation est présentée à la figure 4.
Figure 4: Consumption of different dryers under various conditions
Il est recommandé d'équiper tous les systèmes de séchage d'une machine frigorifique si le point de rosée requis n'est pas trop élevé (> 3 °C). Les économies peuvent être calculées en déterminant les taux de consommation des différents séchoirs. Pour les séchoirs à adsorption, les mesures d'optimisation suivantes peuvent être envisagées :